La “cuisine asiatique” au singulier n’existe pas
On parle souvent de « cuisine asiatique » comme s’il s’agissait d’une seule et même cuisine.
Pourtant, entre un phở vietnamien, un ramen japonais, un bibimbap coréen, un mapo tofu chinois ou encore un pad thaï thaïlandais, les produits, les techniques, les traditions et les histoires sont profondément différents.
Mais alors pourquoi autant de confusion ?
Parce qu'en France, on a longtemps regroupé des cuisines très différentes sous une même appellation : « cuisine asiatique ».
Quand on pense à la cuisine asiatique, on imagine facilement un ensemble de plats qui partagent certains codes : riz, nouilles, soja, baguettes, wok, raviolis, sauces… Mais ces ressemblances ne signifient pas qu'il s'agit d'une seule et même cuisine.
Dans le langage courant, « asiatique » est devenu une catégorie très large. On y met aussi bien la cuisine chinoise que vietnamienne, japonaise, coréenne, thaïlandaise, cambodgienne ou encore indienne.
Pourtant, dire « cuisine asiatique », c'est un peu comme dire « cuisine européenne » : cela décrit un continent, pas une cuisine.
L’arrivée de la “cuisine asiatique en France”
Il y a ensuite l'histoire de la restauration et la manière dont les cuisines asiatiques sont arrivées et se sont développées en France.
Pendant longtemps, beaucoup d'établissements ont cherché à proposer une cuisine « asiatique » plutôt qu'à mettre en avant une identité culinaire précise. Les cartes pouvaient ainsi mélanger des plats d'origines différentes, parfois adaptés aux goûts locaux.
À partir de différentes vagues migratoires, des hommes et des femmes venus notamment d’Asie du Sud-Est et de Chine se sont installés en France. Pour certains, il s’agissait de venir travailler ; pour d’autres, de rejoindre leur famille, de fuir des conflits ou des bouleversements politiques, ou encore de reconstruire une vie ailleurs.
Après 1975, par exemple, la France accueille un nombre important de réfugiés originaires de la péninsule indochinoise (du Vietnam, du Cambodge et du Laos). Et parmi ces populations, la cuisine est rapidement devenue bien plus qu'un moyen de se nourrir. Elle pouvait permettre de travailler, d'entreprendre, de transmettre, de retrouver des goûts familiers et de conserver un lien avec son pays d'origine.
Des restaurants, épiceries et commerces se sont ainsi développés autour de ces communautés. Dans certains lieux, on pouvait retrouver des produits, des plats et des habitudes alimentaires qui permettaient de recréer, en France, une petite partie de son environnement culturel.
À cette époque là, il fallait s’adapter à son pays d’arrivée avec pour objectif de se reconstruire. En regroupant les différentes cuisines d’Asie pour s’appeler “traiteur asiatique” ou encore “restaurant asiatique”, cela permettait alors de se donner plus de chance de perdurer, une stratégie commerciale qui consistait à regrouper et simplifier les différences pour mieux exister. Et cela a en quelque sorte fonctionné puisque cela a permis à beaucoup de français de découvrir de nouveaux plats, produits et saveurs.
Mais cette simplification a aussi contribué à installer dans l’imaginaire collectif l’idée d’une grande et unique « cuisine asiatique ».
Aujourd’hui, la seconde génération de familles asiatiques, dont j’en fais partie, qui est née et vit en France tend à vouloir redonner du sens dans cette cuisine et à vouloir raconter autrement. On a grandi avec cette double référence : la cuisine de la maison et celle de l’extérieur. Dans les grandes villes, de plus en plus de restaurants osent une identité affirmée : Restaurant sichuanais, restaurant vietnamien, restaurant japonais etc.
L’objectif est désormais différent : faire valoir son patrimoine et héritage culinaire afin de raconter une histoire qui a été jadis simplifiée par nos parents.
C’est pour cela que chez Hod To Food, je ne veux pas vous faire uniquement à manger, je veux vous faire découvrir ma cuisine à travers ma double culture française et vietnamienne ainsi que mes voyages.
Laissez moi donc vous raconter une histoire …